Les chiffres ne mentent pas : l’hydrogène ne s’impose pas encore comme la révolution automobile tant annoncée. Malgré les discours enthousiastes, les voitures à hydrogène se heurtent à une réalité têtue. Les stations de ravitaillement restent rarissimes, et la plupart des gouvernements préfèrent miser sur les modèles électriques à batterie, plus accessibles et déjà présents partout sur les routes.
Fabriquer de l’hydrogène propre coûte cher. Pour le moment, cette solution reste éloignée des usages quotidiens de la majorité des conducteurs. Les constructeurs, prudents, ne proposent qu’un choix restreint de voitures à hydrogène. Ce manque de diversité freine l’arrivée de cette technologie sur le marché, même si nombre d’experts continuent d’y voir un levier de transition énergétique.
Les principes de la technologie hydrogène
L’hydrogène fascine par son statut de vecteur énergétique prometteur, mais la réalité technique est plus nuancée. Sa fabrication, son stockage et son transport restent des casse-têtes industriels. À ce jour, la quasi-totalité de la production mondiale d’hydrogène s’appuie encore sur des procédés issus des énergies fossiles. Résultat : 95% de l’hydrogène utilisé sur la planète provient de gaz naturel ou de charbon, ce qui alourdit le bilan carbone mondial d’environ 4%.
Types d’hydrogène
Pour mieux comprendre les enjeux, voici les trois grandes familles d’hydrogène actuellement produites :
- Hydrogène gris : Issu du gaz naturel, il représente la grande majorité du marché, mais avec un impact environnemental très élevé.
- Hydrogène bleu : Sa fabrication inclut la captation du CO2 généré, mais les émissions restent notables malgré les efforts technologiques.
- Hydrogène vert : Fabriqué sans émissions de CO2 à partir d’énergies renouvelables, il incarne la piste la plus propre, mais sa production reste marginale et coûteuse.
L’hydrogène vert attire les regards, mais sa fabrication par électrolyse de l’eau nécessite beaucoup d’électricité, idéalement d’origine renouvelable. Encore aujourd’hui, l’investissement à consentir pour déployer cette filière à grande échelle demeure conséquent. Seules des politiques publiques ambitieuses et un engagement industriel fort pourraient changer la donne.
Transformer l’économie vers l’hydrogène vert implique des choix stratégiques. En France, le gouvernement affiche clairement ses ambitions à travers le Plan Hydrogène, qui vise à stimuler l’innovation et le développement industriel autour de cette énergie. Pourtant, sans avancée majeure sur les coûts et l’infrastructure, la généralisation de l’hydrogène vert reste hors de portée pour le moment.
Les défis sont de taille, mais l’enjeu climatique impose d’accélérer la recherche et de soutenir les filières renouvelables. Reste à voir si les acteurs publics et privés parviendront à passer de la promesse à la réalité grandeur nature.
État actuel du marché des voitures à hydrogène
Dans le secteur automobile, les voitures à hydrogène avancent à petits pas. Deux modèles se partagent l’essentiel de l’attention en France : la Toyota Mirai et la Hyundai Nexo. La Mirai se distingue par une autonomie supérieure à 1000 kilomètres, un atout indéniable face à la plupart des véhicules électriques du marché.
Néanmoins, ces performances ne suffisent pas à compenser le manque criant de stations de recharge dédiées à l’hydrogène. Moins de 50 points de ravitaillement sont actuellement opérationnels sur tout le territoire français. À titre de comparaison, les bornes pour véhicules électriques se comptent par milliers, rendant l’adoption de l’hydrogène nettement plus complexe.
Voici les principaux atouts et limites observés aujourd’hui :
- Zéro émission GES
- Autonomie dépassant les 1000 km pour la Toyota Mirai
- Réseau de recharge très limité
À l’échelle européenne, les ventes peinent à décoller. En 2024, Toyota a vu ses immatriculations de voitures à hydrogène chuter de 54% par rapport à l’année précédente. Cette baisse s’explique en partie par le coût encore élevé de ces véhicules et la montée en puissance des voitures électriques, qui profitent d’une infrastructure plus dense et d’une baisse continue des prix de production.
| Constructeur | Modèle | Autonomie (km) |
|---|---|---|
| Toyota | Mirai | 1000+ |
| Hyundai | Nexo | 666 |
Le futur des voitures à hydrogène reste suspendu à la capacité des industriels et des pouvoirs publics à accélérer l’investissement, notamment dans les stations de recharge et la réduction des coûts. Si la dynamique s’enclenche, la mobilité hydrogène pourrait enfin s’installer. Sinon, elle risque de rester cantonnée à une niche technologique.
Comparaison avec les voitures électriques
Le duel entre voitures à hydrogène et voitures électriques s’exprime d’abord en chiffres. Sur le plan du rendement énergétique, le fossé est net : une voiture à hydrogène ne restitue que 25% de l’énergie consommée, contre 80% pour une électrique. Cette différence s’explique par les nombreuses étapes nécessaires à la production, au stockage et à la distribution de l’hydrogène, qui chacune consomme une part non négligeable de l’énergie initiale.
| Type de voiture | Rendement énergétique |
|---|---|
| Voiture à hydrogène | 25% |
| Voiture électrique | 80% |
Le bilan carbone offre, lui aussi, des enseignements contrastés. Si l’on prend en compte l’ensemble du cycle de vie des véhicules, voici les ordres de grandeur actuellement observés :
- Voiture à hydrogène : 130 à 230 g de CO2 par km
- Voiture électrique : 160 à 250 g de CO2 par km
- Voiture thermique : 180 à 270 g de CO2 par km
Clairement, la voiture à hydrogène fait mieux que la thermique, mais ne creuse pas vraiment l’écart face à l’électrique, sauf dans certaines conditions très spécifiques. L’avantage des modèles électriques réside dans un réseau de recharge déjà installé sur tout le territoire et une efficacité globale largement supérieure. Quant à l’hydrogène, il devra franchir de nombreux obstacles pour espérer rivaliser avec les batteries, qui bénéficient d’un marché en pleine expansion et d’une amélioration continue des performances.
Les défis et perspectives pour l’avenir
Produire, transporter et stocker l’hydrogène reste aujourd’hui un défi industriel de taille. L’immense majorité, soit 95%, provient encore du gaz naturel, on parle alors d’hydrogène gris,, ce qui est loin de répondre aux impératifs climatiques. Même l’hydrogène bleu, qui capte une partie du CO2 émis, ne parvient pas à s’affranchir totalement de son impact environnemental. Seul l’hydrogène vert, issu des renouvelables, coche toutes les cases de la durabilité. Mais il est encore rare et cher à produire.
En France, Emmanuel Macron affiche sa volonté de soutenir l’essor de l’hydrogène vert. Pourtant, les coûts élevés et le manque d’infrastructures freinent la concrétisation de cette ambition. Philippe Bihouix, spécialiste de la transition énergétique, rappelle que la production mondiale repose toujours à 95% sur des énergies fossiles, un chiffre qui pèse lourd dans la lutte contre le changement climatique.
Sur le front de l’innovation, plusieurs constructeurs poursuivent leurs efforts. Peugeot, BMW, Honda, Mercedes, Land Rover et Renault développent des prototypes ou des modèles de série à hydrogène. À l’inverse, le groupe Volkswagen a choisi de s’en remettre aux véhicules électriques, jugés plus viables à court terme. Plusieurs analyses, qu’elles viennent de Deloitte ou de Tom Baxter de l’Université d’Aberdeen, confirment le caractère encore incertain du marché de l’hydrogène automobile.
Le maillon faible, aujourd’hui, reste le réseau de stations de recharge. Sans une multiplication rapide de ces points d’approvisionnement, la voiture à hydrogène aura du mal à dépasser le stade du projet pilote. Les chiffres de ventes en 2024, orientés à la baisse, illustrent la nécessité d’un sursaut collectif. L’hydrogène n’a pas dit son dernier mot, mais la route vers une mobilité réellement propre s’annonce longue et semée d’embûches. Un pari dont le dénouement, dans les prochaines années, pourrait bien surprendre même les observateurs les plus avertis.


